Portrait de Alexis Zimmer
Mise à l'honneur des nouveaux chargés de cours 2024
Chargé de cours dans le domaine de l'Histoire environnementale appliquée à l'architecture et l'urbanisme
Pourriez-vous décrire brièvement votre parcours, évoquer vos sujets de recherche et votre conception de l’enseignement universitaire ?
J’ai suivi des études de biologie à l’Université de Strasbourg, tout en entamant en parallèle un cursus en philosophie. J’ai rapidement ressenti la nécessité de coupler l’apprentissage des connaissances scientifiques, à celui d’outils conceptuels susceptibles d’en questionner l’objectivité et l’évidence. Venant d’un milieu populaire et sensible aux rapports de pouvoir à l’œuvre dans l’Université et les savoirs académiques, j’ai voulu me former à une meilleure compréhension du langage, des savoirs et de leurs effets de pouvoir. Ainsi, la philosophie, et de manière plus générale les sciences sociales, sont venues compléter, enrichir et complexifier mon apprentissage des sciences naturelles et plus largement mon rapport aux savoirs scientifiques.
Au terme de mes deux maîtrises, j’ai opté pour une formation qui avait l’avantage de conjuguer ces deux approches, un master en Études sociales des sciences et des technologies. Dans ce cadre, je me suis familiarisé avec la discipline des STS, représentée par des chercheureuses tels que Bruno Latour, Dominique Pestre, Isabelle Stengers et Bernadette Bensaude Vincent. J’ai pris conscience de l’importance de ce champ d’études pour questionner la construction réciproque des savoirs, des sociétés et des environnements. C’est dans ce contexte que j’ai effectué mes premiers travaux de recherche, prolongés au sein d’un doctorat où je me suis penché sur une catastrophe de pollution industrielle majeure, mais dont l’histoire n’avait pas encore été écrite : le brouillard mortel de la vallée de la Meuse de 1930. J’ai ainsi découvert l’histoire environnementale, un champ d’étude historique relativement récent qui prend au sérieux les puissances d’agir historique des autres qu’humains, les contestations des ravages écologiques causés par nos modes de vie industriels et le rôle des savoirs scientifiques et techniques dans la destruction des environnements et des sociabilités associées. Ce travail a donné lieu à la publication d’un livre, Brouillards toxiques, aux éditions Zones Sensibles. J’ai continué mes recherches en cherchant à comprendre comment nos corps, nos milieux de vie et les biologies étaient littéralement affectés par l’histoire. Je fais cela en étudiant la manière dont les scientifiques pensent l’articulation entre histoire, environnement et l’écologie de nos microbiotes intestinaux — cette multitude de microbes qui peuplent nos intestins. C’est avec ce bagage que j’arrive à la faculté d’architecture, pour continuer à interroger et à enseigner les interactions entre les corps, les environnements et les manières d’habiter.
Dans mes enseignements, je cherche à activer les capacités critiques et spéculatives des étudiant.e.s. Les rendre capables, par l’histoire notamment, de se réapproprier notre présent par le questionnement des évidences, des savoirs, des pratiques, des habitudes et des logiques qui le façonnent.
