Interview

Mathieu Gourbeyre | Alumni 2024

Faculté d'Architecture



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©️ M. Gourbeyre

Pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours et les raisons pour lesquelles vous avez choisi la Faculté d’Architecture de l’ULiège pour vos études ?

Mon parcours est quelque peu atypique. Après un premier master en design à l'École des Beaux-Arts en France, marqué par une réussite au concours « Mini Maousse 8 » basé sur mon projet de fin d'études, j'ai compris que l'architecture était la voie que je voulais approfondir.

J’ai alors décidé de rejoindre la Faculté d'Architecture de l'Université de Liège, reconnue pour son exigence technique qui me proposait un cursus de trois ans. Correspondant à mes attentes, j'ai opté pour cette formation afin d'acquérir les compétences nécessaires pour cette nouvelle orientation.

 

Vous êtes parti en ERASMUS au Japon. Pourquoi avoir choisi cette destination ? Aviez-vous des appréhensions ?

Plusieurs raisons m'ont poussé à choisir le Japon pour mon programme ERASMUS. La première est mon attirance pour la culture japonaise, que je nourris depuis plusieurs années. La deuxième raison est liée à ma perception de l'architecture nipponne, que je considérais comme une synthèse de mes centres d'intérêt architecturaux : l'éco-conception, l'architecture vernaculaire et les nouvelles technologies. J'ai saisi l'opportunité unique offerte par la faculté pour découvrir ce pays fascinant, tout en utilisant cette expérience pour enrichir mon travail de fin d'études et mon développement personnel.

En ce qui concerne les appréhensions, il est certain que de nombreux défis peuvent surgir au quotidien, en raison de la distance, des différences culturelles et de la barrière linguistique. Ces éléments peuvent facilement faire naître des doutes, tant sur nos compétences que sur notre capacité à trouver notre place dans cette nouvelle société. Cependant, ayant déjà vécu des expériences similaires, notamment en venant étudier en Belgique, je voyais mes craintes comme des moyens d’évoluer, des épreuves qui me permettraient de m'élever, tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.

 

Votre immersion dans la culture japonaise a-t-elle changé votre vision de l’architecture ?

L’histoire, le contexte et la culture unique de ce pays ont conduit à une architecture qui diffère sous certains aspects de celle pratiquée en Europe. Ces différences, que j'avais imaginées, se sont en partie confirmées tandis que d'autres sont apparues au cours de mes visites, suscitant naturellement des interrogations sur mon approche de l'architecture.

Aujourd’hui, je résumerais ces interrogations en quatre points qui retiennent désormais davantage mon attention : la gestion des limites, la maîtrise de la lumière, l'évolution des éléments dans le temps et la contemplation qu'ils occasionnent. Ces concepts abstraits, mais bien présents, j’ai pu commencer à les décrire durant ma visite de la Villa impériale de Katsura, près de Kyoto. En effet, l’architecture de cet espace illustre finement ces quatre points en débutant par la gestion des limites. Au cours de notre déambulation, nous traversons une série de chambres reliées par des portes coulissantes. Chaque fois qu’on ouvre une de ces portes, un nouvel espace se dévoile tout en faisant disparaître un autre, modifiant sans cesse notre perception de celui-ci. Puis en continuant à avancer, un porche apparaît, donnant vue sur un jardin qui nous semble infini. Ceci, rendant les limites de l'espace floues et incertaines, car nous ne savons plus vraiment où les situer.

Au fil des saisons, le jardin se métamorphose, passant des nuances bordeaux de l'automne aux verts apaisants de l'été. Ces changements transforment non seulement la lumière tamisée du lieu, mais aussi notre perception de l’espace et le rythme de notre déambulation. Le passage du temps, inscrit dans l'architecture de la villa, invite donc à contempler un lieu en perpétuelle évolution, où l'architecture et le paysage se réinventent sans cesse.

 

Votre Travail de Fin d’Étude (TFE) a été réalisé sur place. Pouvez-vous nous en rappeler les grandes lignes et le cheminement pour en arriver au sujet final « Visual programming tool for simulating seismic-resistanc of Ishigaki Walls » ?

Mon sujet de TFE a émergé de mes intérêts architecturaux de longue date : l’éco-conception, l’architecture vernaculaire et les nouvelles technologies. C’est lors des cours de Madame Jancart, ma copromotrice de TFE, consacrés à la « programmation visuelle » que mon projet a commencé à prendre forme. En explorant les possibilités offertes par cette discipline, j’ai réalisé qu’elle pourrait devenir le fil conducteur pour réunir mes différents intérêts et les unifier en un projet cohérent.

Le reste du sujet s’est précisé lors de la préparation de mon voyage au Japon. En découvrant l’architecture de ce pays, j’ai trouvé dans les murs en pierre des châteaux féodaux, appelés « Ishigaki », un moyen de lier mes passions pour l’architecture vernaculaire et l’éco-conception. Ces découvertes ont marqué le début de mes recherches et ont posé les bases de mon TFE.

Cependant, c’est une fois arrivé au Japon, avec mon master 1 validé, que mon sujet a véritablement commencé à se définir. Là, j’ai été encadré par mon copromoteur, Monsieur Muramoto, professeur d’ingénierie civile à l’Institut Technologique de Kyoto. Sous sa supervision, j’ai pu approfondir les aspects techniques de mon projet, en complément du suivi que Madame Jancart m’accordait depuis la Belgique.

Grâce à cet encadrement, j’ai pu affiner mes recherches au fil de mes expérimentations, visites et échanges, me permettant progressivement de mieux comprendre les enjeux de mon sujet. Finalement, j’ai pu commencer à développer un outil de programmation visuelle capable de simuler le comportement des murs Ishigaki lors de tremblements de terre.

 

Quels ont été les apports respectifs de la Faculté d’Architecture de l’ULiège et de l’Institut Technologique de Kyoto dans la réalisation de votre TFE ?

Comme la réponse précédente le suggère, je pense que les contributions ont été complémentaires. La Faculté d’Architecture de l’ULiège m’a accompagné dans la partie programmation visuelle et architecturale de mon TFE, tandis que l’Institut Technologique de Kyoto m’a donné les connaissances techniques et culturelles nécessaires à sa finalisation.

 

En parallèle la réalisation de votre TFE, un poste de doctorant vous a été attribué. Selon vous, comment les acquis reçus à l’ULiège vous ont-ils permis d’avoir cette place ?

Durant la réalisation de mon TFE, en décembre dernier, avec le soutien de mes professeurs et de mes proches, j'ai postulé pour poursuivre mes recherches. Après un processus de sélection, j'ai appris en avril que j'avais été retenu pour continuer les travaux commencés pendant mon année d'Erasmus. L’obtention de mon master avec la plus grande distinction a été l’ultime étape pour enfin devenir doctorant.

La formation reçue à l'ULiège a été un atout précieux pour cette opportunité. Le programme d'architecture, à la fois exigeant et rigoureux, m'a apporté des compétences techniques essentielles pour ma future carrière. Elle m'a aussi transmis une méthode de travail, un sens de la discipline, de la persévérance, et une curiosité indispensable en recherche. Ces qualités m'ont donné la confiance nécessaire pour me lancer dans le doctorat que je commence aujourd'hui au Japon.

 

À propos de votre vie au Japon, pouvez-vous nous en dire plus sur vos sources de divertissement/loisirs ?

C’est une excellente question ! Mes principales distractions sont désormais essentiellement culturelles, bien que je prenne régulièrement le temps de participer à quelques entraînements de rugby, en parallèle de mes recherches. Cependant, comme vous pouvez le concevoir, lorsque je suis arrivé au Japon, une certaine urgence s’est fait sentir. Étant si loin de chez moi et avec un temps limité, il fallait me dépêcher de vivre toutes les expériences que je m’étais imaginées à propos de ce pays.

Au début, je me suis donc plongé dans des activités qui semblaient incontournables : soirées karaoké, sorties ramen, festivals, sans oublier les voyages à travers l’archipel. Ces déplacements m’ont mené des villes grouillantes d’activités aux bulles de calme offertes par les milliers de temples qui parsèment le pays.

Cependant, à l’aube de ma deuxième année ici, bien que je ressente encore cette soif de découverte qui me pousse à explorer toujours un peu plus les différentes facettes de Kyoto et le reste du Japon, ma perspective a évolué. Désormais, ce sont aussi les amitiés que j’ai nouées qui me permettent de découvrir un Japon plus sobre et plus caché. Ces amitiés me dévoilent de nouveaux aspects de cette culture et de ses habitants que je n’aurais peut-être jamais aperçus autrement.

 

Auriez-vous une anecdote ou un moment marquant lié à votre expérience à nous partager ?

Si je devais retenir un souvenir, ce serait mon voyage à Hokkaido avec des amis pendant les fêtes. Venant des Alpes françaises, habitué au froid et à la neige, j'ai été frappé par l'intensité de l'hiver là-bas. Tout semblait plus extrême : la neige qui s’amoncelait par mètres sur les bords des chaussées, le froid glacial qui nous transperçait malgré nos couches de vêtements, et les routes gelées où nous comptions nos chutes respectives avec amusement.


Ce court séjour restera un instant de découverte, avec cette sensation d’être au bout du monde. Mais c’était aussi un moment réconfortant, car, bien que loin de chez moi, la présence de mes compagnons m’a aidé à passer sereinement cette période festive. De plus, l’architecture et l’atmosphère des lieux que nous avons traversés m’ont parfois donné l’impression fugace de retrouver certains aspects de mon village.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux étudiant(e)s en architecture qui partent en ERASMUS ?

Chacun a sa propre expérience, mais pour ma part, je dirais que, même si on se laisse parfois submerger par l’urgence de découvrir le pays dans lequel on se trouve, il est essentiel de prendre son temps et de rester ouvert. Bien qu’on soit attiré par ce qu’on imagine du pays, il faut également s'extraire de sa zone de confort pour comprendre pleinement les gens qu’on rencontre et les multiples réalités que ce pays recèle.

Cela exige de l'audace : il faut s'immerger totalement dans l’aventure et saisir les opportunités qui se présentent tout au long de cette année magique. C'est en sortant des chemins battus et en trouvant des aspects inattendus, déroutants, voire contradictoires des cultures et des personnes croisées, qu’on apprend vraiment, non seulement sur le monde, mais aussi sur soi-même.

Au-delà de la découverte du pays de destination et de ses habitants, il est tout autant enrichissant de rencontrer les étudiants internationaux, qui vous accompagneront durant cette période. Ces interactions permettent de découvrir d’autres points de vue et, souvent, de forger des amitiés solides. Certains de ces amis deviendront proches et vous serez heureux de les retrouver bien après la fin de votre échange.

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