Interview

Obtention d'une bourse FRESH pour Adélie Darimont

Faculté d'Architecture | UR AAP



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©️ A. Darimont

Adélie Darimont a obtenu une bourse FRESH au sein de la Faculté d'Architecture de l'ULiège, en cotutelle avec l'Université Libre de Bruxelles. Nous lui avons posé quelques questions.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours ?

J'ai suivi des études d'architecture au sein de la faculté d'architecture La Cambre Horta de l'Université Libre de Bruxelles. À la fin de mon master et suite à mon mémoire de fin d'études, j'ai été encouragée à poursuivre dans la recherche. J'ai présenté un projet ASP FNRS en février 2024 que je n'ai pas obtenu. À la suite de cela, j'ai décidé de poursuivre un master de spécialisation en conservation-restauration du patrimoine culturel immobilier organisé en collaboration avec l'Agence wallonne du Patrimoine et porté conjointement par toutes les universités francophones de Belgique (ULB, ULiège, UMons, UNamur, UCLouvain) et la Haute École Charlemagne. En parallèle, j'étais assistante en faculté d'architecture à l'ULB au sein d'un service d'aide à la réussite et je participais à une recherche en cours portée par Ludivine Damay (ULB) sur les habitats groupés inclusifs et solidaires.

 

Vous venez d’obtenir une bourse de recherche. De laquelle s’agit-il et quelles étaient les conditions pour souscrire à cet appel ?

J'ai obtenu un mandat de recherche FRESH du F.R.S.-FNRS. L'une des spécificités de cette bourse est que les projets sélectionnés pour financement doivent présenter un impact sociétal, c'est-à-dire que les conclusions de ces recherches « (...) sont susceptibles d'améliorer dans un court-moyen terme la connaissance ou le fonctionnement d'un secteur de la société (...) » (Mini-guide Appel FRESH, 2025). L'objet de la bourse FRESH est, en finançant un doctorat de 4 ans, de répondre à des besoins complémentaires de la recherche fondamentale en sciences humaines et sociales. Personnellement, j'ai candidaté auprès du jury "défi culturel".

 

L’obtention de cette bourse va-t-elle avoir des effets sur votre statut actuel ?

Oui, j'étais assistante à temps partiel au sein de la faculté d'architecture La Cambre Horta de l'ULB. Les titulaires d'une bourse FRESH ne peuvent pas faire partie du personnel scientifique d'une université ni exercer une autre activité professionnelle. J'ai donc dû renoncer à ce temps partiel. Depuis ce mois de février, et pour les 4 années à venir, je me consacrerai donc exclusivement à la réalisation de mon doctorat.

 

Parlez-nous de votre recherche : sur quoi va-t-elle porter ?

La recherche traite de l'évolution de la politique de patrimonialisation immobilière en Région bruxelloise depuis la création de la Région en 1989. Avec comme question sous-jacente l'inclusivité de la société civile, elle examine la politique de classement afin d'analyser les dynamiques de sélection, d'inclusion, d'exclusion et de (re)qualification qu'elle engendre. Partant du postulat selon lequel le patrimoine est le résultat de négociations, de compromis, d'enjeux de pouvoir, de conflits, et que, dès lors, sa conservation fait controverse, et partant aussi de l'idée que la controverse patrimoniale est interactionnelle, la recherche étudie comment les controverses présentes sur le territoire bruxellois agissent avec et sur la politique de patrimonialisation. Adoptant une approche constructiviste de la catégorie « patrimoine », l'étude se décline en quatre axes : identifier ce qui fait l'objet d'une patrimonialisation (typologie des biens classés) ; cartographier les différentes catégories d'acteurs et d'actants impliqués ; analyser les processus de sélection, qualification ou d'exclusion patrimoniale ; sonder les enjeux (économiques, sociaux, politiques, identitaires, etc.) qui motivent une demande de protection.

 

Pourquoi avez-vous opté pour ce champ de recherche ?

Je suis depuis très jeune fascinée par les histoires. Bien au-delà de l'Histoire avec un grand H, les récits de vie, les mémoires. L'idée des êtres qui se sont tenus avant moi sur une place, dans une maison, une église et dont les récits, la charge émotionnelle perdurent entre autres par l'existence matérielle des lieux où ils se sont tenus. Quand j'ai découvert à l'adolescence le concept de restauration et conservation du patrimoine, j'étais enchantée. À l'université, cette sensibilité pour les patrimoines n'a fait que se préciser. J'ai d'ailleurs consacré bon nombre de travaux de master à cet intérêt, entre autres à travers mon mémoire de fin d'études qui portait sur la place du développement durable au sein des réaffectations d'églises paroissiales. En parallèle à ces préoccupations, j'ai eu la chance de suivre des options qui questionnaient le rôle politique de l'architecte et de l'architecture. Et petit à petit, ma curiosité pour les patrimoines a évolué vers une posture plus critique au sujet de sa production mais aussi de ce que le patrimoine représente concrètement et donc de ce qu'il occulte. J'ai pris conscience que le patrimoine avait longtemps été instrumentalisé en vue de servir l'impérialisme, le colonialisme ou encore l'élitisme culturel et qu'il pouvait représenter un instrument d'inclusion ou d'exclusion sociale. Il est devenu alors évident pour moi d'étudier les patrimoines au travers de ce regard critique et de participer à ma petite échelle à donner visibilité aux pratiques alternatives.

 

Par qui votre recherche sera-t-elle encadrée et quelle expertise ces personnes pourront-elles vous apporter ?

Ma recherche est intrinsèquement interdisciplinaire et les domaines de recherche de mes deux promotrices, ainsi que les laboratoires auxquels elles sont rattachées, contribueront à enrichir et nourrir mon travail. L'étude est co-dirigée par Ludivine Damay, professeure de sociologie en faculté d'architecture à l'ULB et docteure en sciences politiques et sociales. Elle est également coordinatrice du laboratoire Sasha qui fédère des chercheurs dont les recherches sont à la croisée de l'architecture et des sciences humaines et sociales. Ses recherches interrogent notamment les questions de participation démocratique et d'engagement citoyen au niveau local ainsi que les jeux d'acteurs qui fabriquent les politiques urbaines. À l'Université de Liège, je suis encadrée par Claudine Houbart, professeure en histoire et théorie du patrimoine, et également coordinatrice du laboratoire DIVA. Elle est architecte, historienne de l'art, spécialiste en conservation des monuments et sites. Elle étudie notamment l'histoire des principes et pratiques de la conservation-restauration aux XIXe et XXe siècles, ainsi que les processus d'élaboration des documents doctrinaux. Son approche des patrimoines sera complémentaire à l'approche sociologique de L. Damay.

 

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Le patrimoine questionne notre rapport au lieu, au temps et à l'autre. Aujourd'hui, sans doute plus qu'hier, je pense qu'il est nécessaire de repenser nos rapports à l'altérité en portant nos regards sur d'autres réalités patrimoniales présentes au sein même de nos territoires. C'est en se détachant des pratiques et discours officiels et dominants liés à la patrimonialisation et en intégrant les citoyens dans sa définition que le patrimoine pourra être une ressource pour l'avenir. Je me réjouis dès lors de poursuivre cette recherche passionnante, au sein des laboratoires Sasha et DIVA et entourée de tous ceux qui m'ont et seront prêts à m'aider.

 

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