Mandat d'assistante 2-4-6 pour Gizem Yüksek
Faculté d'Architecture | URA
Gizem Yüksek est assistante 2-4-6 au sien de la Faculté d'Architecture. Nous lui avons posé quelques questions.
Pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours ?
J’ai été diplômée de la Faculté d’Architecture de l’Université de Liège en 2023. Très tôt dans mon parcours, j’ai développé un intérêt pour le numérique en architecture. Chaque fois que le cursus me permettait d’orienter mes choix vers des enseignements liés au numérique, je m’y engageais avec enthousiasme. J’ai ainsi suivi le cours à option « Culture numérique et conception orientée Data » ainsi que le workshop « Continuum Numérique », encadrés par les professeures Sylvie Jancart et Aurélie de Boissieu. Ces expériences ont profondément nourri ma réflexion sur l’impact de la pensée computationnelle dans les processus de conception.
Mon parcours s’est finalement concrétisé par un mémoire intitulé « L’intelligence artificielle « text-to-image » comme outil de support à l’idéation en conception architecturale », réalisé sous la direction de la professeure Aurélie de Boissieu. Ce travail m’a permis de comprendre le rôle des outils d’IA générative dans les premières phases du processus de conception en architecture, en questionnant leurs apports, leurs limites et leurs implications cognitives pour le concepteur.
Vous avez un mandat d’assistante au sein de la faculté. Duquel s’agit-il et quelles conditions y sont attenantes ?
Depuis septembre 2024, j’occupe un poste d’assistante sous un mandat dit « 2-4-6 ». Cette fonction implique une répartition de mon temps entre l’enseignement, la recherche et les services à la communauté.
Quels sont les avantages et/ou inconvénients à combiner la recherche et l’enseignement ?
Combiner la recherche et l’enseignement me correspond particulièrement bien. Je suis stimulée par la diversité des missions. J’apprécie le fait de ne pas être dans une activité unique et linéaire. Lorsque je suis investie dans la recherche, l’enseignement vient rythmer mon quotidien.
Cette double implication me permet également d’être en contact avec l’ensemble des acteurs de la faculté, comme le personnel scientifique et administratif, les enseignant·es, et surtout les étudiant·es. Étant impliquée dans les questions liées au numérique à travers ma recherche, je peux directement partager mes réflexions et connaissances dans les cours.
Le principal défi est organisationnel. Maintenir cette double dynamique demande une rigueur constante pour gérer son temps efficacement et préserver la qualité de chaque engagement.
Parlez-nous de votre recherche : sur quoi porte-t-elle ?
Aujourd’hui, les intelligences artificielles génératives permettent de produire instantanément des représentations visuelles ou textuelles à partir de prompts et ouvrent ainsi de nouvelles possibilités d’exploration. Mon travail se situe au croisement des disciplines architecturales, cognitives et informatiques. Plus précisément, ma recherche porte sur la compréhension des processus cognitifs mobilisés par le concepteur lorsque l’idéation architecturale est instrumentée par des intelligences artificielles génératives. Elle vise à éclairer la manière dont ces outils transforment les dynamiques de réflexion, les mécanismes de prise de décision et les modalités de production et d’évolution des idées au cours du processus de conception.
Comment avez-vous opté pour ce champ de recherche ?
Mon sujet de mémoire m’a profondément passionnée. Il a ouvert de nombreuses questions qui, à mes yeux, méritaient d’être explorées de manière plus approfondie. J’ai ressenti le besoin d’aller au-delà du cadre du mémoire pour développer une compréhension plus fine des enjeux liés à l’intelligence artificielle générative en conception architecturale.
C’est au fil des discussions avec ma promotrice, la professeure Aurélie de Boissieu, que le projet doctoral a progressivement pris forme. Après la défense de mon mémoire, nous avons entamé la préparation de mon dossier de thèse. Je me suis ainsi inscrite au collège doctoral en Art de Bâtir et Urbanisme durant l’année académique 2023-2024, tout en occupant en parallèle une fonction d’assistante pour certains cours.
Par qui votre recherche est-elle encadrée et quelle expertise ces personnes pourront-elles vous apporter ?
Cette thèse est supervisée par la professeure Aurélie de Boissieu, dont l’expertise porte sur les pratiques computationnelles. Elle m’accompagne tout au long du projet doctoral et joue un rôle central dans l’évolution de mes réflexions. Nos échanges réguliers me permettent d’affiner le positionnement méthodologique de la recherche. Je bénéficie également de l’accompagnement de plusieurs membres de mon comité de thèse. Stéphane Safin, professeur de psychologie du travail et d’ergonomie à l’ULB, anciennement enseignant-chercheur en ergonomie cognitive à Télécom Paris (Institut Polytechnique de Paris), apporte une expertise précieuse sur les enjeux cognitifs. Le professeur Philippe Marin enseigne à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble et co-dirige la chaire AI4ARCHI. Il contribue par son expertise sur les relations entre architecture et intelligence artificielle. Enfin, le professeur Gilles Louppe, spécialiste en intelligence artificielle à l’Institut Montefiore de l’Université de Liège, apporte un éclairage essentiel sur les fondements techniques du deep learning et sur les enjeux liés aux interactions humain–machine.
Un mot pour la fin ?
On me demande souvent : “Est-ce que l’IA va remplacer les architectes ?”
Ma recherche montre justement que l’enjeu n’est pas le remplacement, mais la transformation. L’IA ne conçoit pas à notre place elle reconfigure notre manière de penser, d’explorer et de décider. Finalement, la vraie question devient peut-être : comment voulons-nous, en tant qu’architectes, travailler avec ces outils ?
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